Cancer et COVID19 : retour d’expérience en Île-de-France

A la demande de l’INCa et du Ministère de la Santé, ONCORIF en lien avec l’ARS a réalisé un retour d’expérience sur l’organisation de la prise en charge des patients ayant un cancer depuis le début de l’épidémie. Celui-ci a été élaboré à partir des différentes enquêtes menées aux plans national et régional, de l’analyse des données PMSI, des indicateurs des RCP recueillis auprès des 3C, et enrichi d’entretiens avec les experts et acteurs de la région.

Nous remercions tous les acteurs de leur collaboration et du temps accordé.

Retour sur le parcours de cancérologie

Dépistage

Conformément à l’article 3 du décret du 23 mars 2020, les 3 programmes nationaux de dépistage organisés (cancer du sein, cancer colorectal et cancer du col de l’utérus), ont été temporairement suspendus. Seuls les nouveaux dépistages n’ont pu être réalisés.

Les analyses des examens des personnes ayant réalisé un dépistage avant le confinement se sont poursuis, et le suivi des patients dont les résultats ont mis en évidence une anomalie a été poursuivi.

L’activité a progressivement repris début mai, la cible étant d’atteindre les objectifs fixés à l’année et rattraper le retard lié à l’interruption.

RCP

Les établissements se sont organisés pour maintenir les réunions de concertation pluridisciplinaires soit en maintenant des réunions en présentiel quand ils le pouvaient, soit un mettant en place des réunions RCP dématérialisées.

Sur la période d’avril à mai 2020, une diminution de 5% des réunions RCP a été observée. Toutefois, le nombre de dossiers discutés en RCP a diminué sur cette même période, de 18%.

Nous remarquons qu’après le confinement, malgré une augmentation des dossiers discutés, le retard ne semble pas rattrapé.

Dispositif d’annonce et Soins oncologiques de support

Le dispositif d’annonce (DA) et l’accès aux soins oncologiques de support (SOS) ont été fortement impactés.

Le DA a souvent été mis en retrait, en raison du redéploiement du personnel paramédical sur les soins techniques, mais les consultations médicales d’annonce ont dans la plupart des cas été maintenues en présentiel. Cette restriction a parfois complexifié la compréhension du protocole thérapeutique.

Concernant l’accès aux soins oncologiques de support, les établissements se sont adaptés comme ils pouvaient en proposant par exemple des consultations de psychologue et de diététicien à distance, des séances d’activité physique adaptée par visioconférence.

Mise en place et poursuite des traitements

Concernant les traitements anticancéreux, il n’y a pas eu de tension de stocks. La dotation en médicaments critiques (sédatifs et curares) pour la chirurgie urgente, oncologique et les soins palliatifs a été maintenue.
Les chirurgies urgentes ont été maintenues, et lorsque c’était possible des alternatives à la chirurgie ont été proposées en RCP.

Les traitements par chimiothérapie ont pu être parfois décalés, au cas par cas, voire mise en place de traitements oraux.

L’accès à l’imagerie a toutefois été difficile, les cabinets d’imagerie étant fortement mobilisés pour les radios du thorax dans le cadre de l’épidémie.

Inclusion dans les essais cliniques

L’inclusion dans les essais cliniques a été hétérogène avec mise en veille des protocoles notamment internationaux et limitation des traitements les plus intensifs.

Une attention particulière sera apportée au maintien des essais cliniques, dans le cadre du rebond de l’épidémie.

Coordination ville/hôpital

La coordination du parcours entre l’hôpital et la ville a souvent souffert de difficultés d’accès aux médecins traitants et à certains praticiens hospitaliers, de ruptures de communication entre les acteurs. Il apparait que certaines ressources associatives n’ont pas été suffisamment mobilisées.

En revanche, le contexte a permis l’émergence de coopérations territoriales entre les acteurs dictées par les besoins du terrain.

Les professionnels de santé ont pu également assurer la coordination de la prise en charge des patients avec l’appui de réseaux présents sur les territoires (appel des secrétaires et IDE avec les officines de ville, les patients, les professionnels libéraux) et faire appel à du personnel mis à disposition et formé par les associations.

Il ressort de cette analyse et des échanges, en ces temps de nouveau difficile, une forte mobilisation et l’entraide dont on fait preuve l’ensemble des professionnels pour faire face à cette situation.

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