Podcast Lab’ ONCORIF – Chimiothérapie à domicile : de la prescription à l’administration

Dans le deuxième épisode de la saison 2 du Lab’ ONCORIF, une oncologue, une pharmacienne hospitalière et une cadre de santé d’HAD racontent comment se déroule une chimiothérapie au domicile du patient. À chaque étape, l’exigence est la même qu’à l’hôpital.

Un projet co-construit avec le patient
Pour le Pr Cindy Neuzillet, oncologue digestive à l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP), l’HAD n’est « pas un choix imposé, ni systématique, ni rigide ».

Elle convient particulièrement aux patients peu symptomatiques, dont la maladie est stabilisée. En oncologie digestive, c’est souvent le cas après le traitement d’induction, quand on passe à une seule molécule. L’éloignement géographique entre le domicile et le service est aussi un critère.

Le patient alterne souvent les cures à l’hôpital et à domicile, selon un rythme qui s’adapte à l’évolution de la maladie.

Les soins de support font partie de la prise en charge
La chimiothérapie à domicile s’accompagne de soins oncologiques de support, organisés en trois niveaux :

  • les soins qui accompagnent chaque cure : antiémétiques, hydratation ;
  • la prise en charge nutritionnelle et l’activité physique adaptée ;
  • le volet palliatif : douleur, troubles anxio-dépressifs, transition après l’arrêt des traitements.

Être suivi en HAD dès la chimiothérapie assure une continuité avec la prise en charge palliative, sans changer d’équipe.

La pharmacie garantit la qualité et la sécurité
Le Dr Anne-Pauline Thivilliers-Peiffer, pharmacienne hospitalière à la Fondation Santé Service, détaille le circuit.

Les anticancéreux injectables sont préparés à la pharmacie à usage intérieur de l’HAD, dans une unité de reconstitution des cytotoxiques. Les exigences de stérilité et de sécurité sont les mêmes qu’à l’hôpital. Chaque prescription fait l’objet d’une validation pharmaceutique.

Le traitement n’est dispensé qu’après le « OK chimio » du médecin de l’HAD. Ce dernier vérifie que les critères cliniques et biologiques fixés par le médecin hospitalier sont remplis.

La pharmacie envoie ensuite au domicile la préparation, les prémédications, le matériel de perfusion, les équipements de protection et, si besoin, une pompe. Tout est tracé jusqu’au domicile, y compris les conditions de conservation. « Il ne doit pas y avoir de rupture dans le parcours du patient », souligne-t-elle.

L’infirmière au domicile du patient
Mme Maud Welter, cadre de santé en pédiatrie à l’HAD de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon, décrit le rôle de l’infirmière.

La veille, elle appelle la famille pour confirmer son passage et rappeler les règles de conservation. Sur place, elle suit une checklist : témoin de température, concordance entre la prescription et le produit, dose, date de péremption.

Elle confirme par téléphone le « OK chimio » avec le médecin de l’HAD avant d’administrer le traitement. Elle porte un équipement de protection adapté. Des kits et des procédures sont prévus pour les situations exceptionnelles : extravasation, réaction allergique, déversement de cytotoxique.

Après l’administration, elle surveille le patient et explique à l’entourage les signes qui doivent les alerter.

Les conditions de réussite
Le patient et son entourage doivent adhérer au projet. Le domicile doit respecter des conditions d’hygiène et permettre une présence pour les livraisons et les passages infirmiers.

En pédiatrie, ce sont des infirmières puéricultrices formées à l’onco-hématologie et à l’administration des chimiothérapies. Elles sont formées par un hôpital de jour partenaire, par le réseau RIFHOP et par le tutorat entre pairs.

Maud Welter conclut : « L’enjeu n’est pas simplement de transposer une chimiothérapie de l’hôpital vers le domicile, il faut recréer autour du patient, à son domicile, tout le cadre de sécurité, de surveillance et de coordination qui existe à l’hôpital. »

🎧 Écouter l’épisode ici

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