Nutrition et cancer

mai 2026

Sommaire

La prise en charge nutritionnelle fait partie intégrante des soins oncologiques de support (SOS). Elle est reconnue depuis 2016 comme l’un des 9 soins de support du panier référentiel de l’INCa, au même titre que la prise en charge de la douleur ou l’accompagnement psychologique.

La nutrition a un impact direct sur la tolérance aux traitements, la qualité de vie et le pronostic. 30 à 50 % des patients atteints de cancer sont dénutris ou à risque de dénutrition avant même le début du traitement, selon les localisations.

La nutrition à chaque étape du parcours

 
🔍 Au diagnostic
 
Évaluation de l’état nutritionnel, repérage de la dénutrition
 
💊 Pendant les traitements
 
Maintien de l’état nutritionnel, gestion des effets secondaires
 
🔄 En chirurgie
 
Préhabilitation nutritionnelle, support périopératoire
 
🌱 Après les traitements
 
Prévention tertiaire, éducation nutritionnelle, retour à un poids de forme

Pourquoi l'alimentation est-elle si importante ?

Les traitements anticancéreux (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapie) peuvent provoquer des effets secondaires qui altèrent profondément la capacité à s’alimenter : nausées, vomissements, modification du goût et de l’odorat, perte d’appétit, mucites, diarrhées, constipation, dysphagie…

La dénutrition qui en résulte peut entraîner :

     🏥 Conséquences médicales

  • Augmentation de la toxicité des traitements
  • Réduction de l’efficacité thérapeutique
  • Allongement de la durée d’hospitalisation
  • Risque de complications post-opératoires
  • Sarcopénie et perte musculaire
  • Aggravation du pronostic

     🧑‍🤝‍🧑 Impact sur la qualité de vie

  • Fatigue et asthénie accrues
  • Diminution de l’autonomie
  • Retentissement psychologique
  • Altération des fonctions physiques
  • Perte du plaisir de manger
  • Isolement social

⚠️ À l’inverse : une bonne prise en charge nutritionnelle améliore la tolérance aux traitements, réduit la fatigue, préserve la masse musculaire et contribue à une meilleure qualité de vie. Elle favorise également la prévention des récidives après les traitements.

Repérage et évaluation de la dénutrition

Le repérage de la dénutrition doit être systématique et régulier tout au long du parcours de soins. Il repose sur :

    📏 Critères diagnostiques (HAS 2019)

  • Perte de poids involontaire ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois
  • IMC < 18,5 (ou < 21 après 70 ans)
  • Score de dépistage validé (NRS-2002, MNA, MUST…)
  • Albuminémie < 30 g/L (sévère) — à coupler à un marqueur inflammatoire
  • Réduction des ingesta ≥ 50 % > 1 semaine

    🔧 Outils d’évaluation

  • Pesée régulière et traçabilité du poids
  • Questionnaires de repérage (NRS-2002 en milieu hospitalier)
  • Évaluation des ingesta
  • Mesure de la composition corporelle (scanner L3, bio-impédancemétrie)
  • Tests fonctionnels (préhensimétrie, test de lever de chaise…)

Prise en charge nutritionnelle : de qui et comment ?

Le rôle du diététicien-nutritionniste

Le diététicien-nutritionniste est le professionnel de santé expert de l’alimentation, de la nutrition et de la diététique. En cancérologie, il intervient :

  • Pour évaluer l’état nutritionnel et les apports alimentaires
  • Pour proposer un conseil diététique personnalisé adapté au traitement et aux effets secondaires
  • Pour accompagner les modifications du comportement alimentaire liées à la maladie
  • Pour mettre en place une complémentation nutritionnelle orale (CNO) si nécessaire
  • Pour organiser, si besoin, le recours à la nutrition entérale ou parentérale


Si une consultation diététique ne vous est pas proposée, n’hésitez pas à en faire la demande auprès de votre équipe soignante.

Les différentes formes de support nutritionnel

     🥗 Alimentation orale enrichie

  • Première intention : conseil diététique personnalisé
  • Enrichissement en énergie et protéines (apport min. 2 000 kcal/j)
  • Fractionnement des repas, adaptation des textures
  • Compléments nutritionnels oraux (CNO) sur prescription médicale

     🏥 Nutrition artificielle

  • Nutrition entérale : sonde nasogastrique ou gastrostomie — quand l’alimentation orale est insuffisante
  • Nutrition parentérale : perfusion intraveineuse — quand la voie digestive est inutilisable
  • Peut se poursuivre à domicile avec un prestataire de soins

Idées reçues : ce qu'il faut savoir

  • Il n’existe pas de preuve scientifique que le jeûne thérapeutique améliore l’efficacité des traitements ni la survie
  • Les régimes très restrictifs pendant les traitements aggravent le risque de dénutrition
  • Parlez-en systématiquement à votre équipe médicale avant d’envisager tout changement alimentaire important

 

Source : Expertise collective Réseau NACRe, 2017

  • FAUX. Il n’existe aucune preuve scientifique que réduire les apports alimentaires affame la tumeur
  • En revanche, la dénutrition aggrave l’état général, réduit la tolérance aux traitements et altère la qualité de vie
  • Les compléments alimentaires (antioxydants, phytothérapie, soja…) ne doivent jamais être pris sans avis médical
  • Certains peuvent interagir avec les traitements et en réduire l’efficacité
  • Éviter notamment le millepertuis et le jus de pamplemousse avec de nombreux traitements oraux
  • Le soja reste à éviter ou à limiter dans les cancers hormono-dépendants — consultez votre médecin
  • Pendant les traitements, il est déconseillé de chercher à perdre du poids, même en cas de surpoids
  • Après les traitements, atteindre et maintenir un poids normal est bénéfique pour réduire le risque de récidive
  • Un patient obèse peut être sarcopénique — l’IMC seul ne suffit pas à évaluer l’état nutritionnel

Nutrition et prévention tertiaire : après les traitements

Le diagnostic de cancer est une occasion de repenser ses habitudes de vie. Des recommandations nutritionnelles adaptées permettent de réduire le risque de récidive, améliorer la qualité de vie et prévenir les maladies chroniques associées.

    ✅ Recommandations générales après les traitements (INCa/WCRF 2018)

  • Atteindre et maintenir un poids normal (IMC entre 18,5 et 25)
  • Privilégier une alimentation riche en fruits, légumes, céréales complètes et légumineuses
  • Réduire la consommation de viandes rouges et charcuteries
  • Limiter les aliments ultra-transformés et les boissons sucrées
  • Réduire ou supprimer la consommation d’alcool
  • Pratiquer une activité physique adaptée régulière (au moins 30 min/j, 5 jours/semaine)
  • Ne pas recourir à des régimes restrictifs sans indication médicale

    Sources : INCa 2022, WCRF/AICR 2018, Réseau NACRe

💡 Parcours de soins global après le traitement d’un cancer (PARSAC)

Depuis 2021, un forfait annuel (180 €) permet de financer, sur prescription médicale, un bilan et des consultations diététiques, une prise en charge en activité physique adaptée et un accompagnement psychologique. Ce dispositif est accessible jusqu’à 12 mois après la fin du traitement, auprès de professionnels de proximité agréés. Demandez à votre oncologue, à votre médecin traitant ou au 3C de votre établissement.

Trouver un professionnel en Île-de-France

    👩‍⚕️ Réseau ONCODIETS

  • Réseau national de diététiciens spécialistes en oncologie
  • Garantit une prise en charge nutritionnelle et diététique spécifique pendant et après le cancer
  • Accessible sur prescription médicale
  • 🔗 oncodiet.fr

     🏥 Dans votre établissement

  • Demandez à votre équipe soignante de vous orienter vers le diététicien de l’établissement
  • Dans le cadre du PARSAC, votre médecin traitant ou votre oncologue peut prescrire des consultations diététiques auprès de professionnels de ville agréés
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